Orwell se trompait, du moins en ce qui concerne les démocraties occidentales. Il prédisait la destruction de l’histoire mais pensait qu’elle serait accomplie par l’État; il pensait qu’une sorte de ministre de la Vérité ferait disparaitre systématiquement les faits gênants et détruirait les traces du passé. C’est certainement là la manière de faire de l’Union soviétique, notre Océania des temps modernes. Mais, comme Huxley l’avait plus justement prévu, il n’est aucunement nécéssaire d’agir de façon aussi brutale. Apparemment, des techniques bégnignes, alimentant la populace avec une politique d’images, d’instantanéité et de thérapie, peuvent être aussi efficaces pour faire disparaitre l’histoire, de façon peut-être plus définitive et sans soulever d’objection. Il faut encore nous tourner vers Huxley, et non vers Orwell, pour comprendre la menace que la télévision et les autres formes d’imagerie font peser sur le fondement de la démocratie libérale : la liberté de l’information.
Neil POSTMAN, Se distraire à en mourir
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